Thèmes de la photographie argentique

Films, supports et formats

Histoire · Pratique · Tableaux de repères

De la plaque d’étain de Niépce au film souple, puis à la couleur et à l’instantané, neuf étapes retracent les principales transformations des supports photographiques.

1 · Repères historiques

1826–1827

La plaque d’étain de Niépce — L’héliographie

Fixer une image sur un support
France · Nicéphore Niépce

Niépce recouvre une plaque d’étain polie d’une fine couche de bitume de Judée, sensible à la lumière, puis l’expose dans une chambre noire. Le Point de vue du Gras conserve ainsi l’image du paysage observé depuis sa fenêtre. Cette héliographie, sans sels d’argent, ouvre le parcours des supports photographiques avant le daguerréotype.

1839

Le daguerréotype — L’image sur métal

Une image fine, mais unique
France · Louis Daguerre

Le daguerréotype enregistre une image très détaillée sur une plaque de cuivre argentée. Après exposition, développement et fixation, la photographie se regarde directement sur ce support. Chaque plaque constitue une pièce unique : aucun négatif ne permet d’en tirer plusieurs épreuves. Sa diffusion favorise notamment le portrait en atelier.

1841–1851

Le négatif sur papier puis sur verre

Une prise de vue, plusieurs tirages
Royaume-Uni · William Henry Fox Talbot / Frederick Scott Archer

Le calotype de Talbot fournit en 1841 un négatif sur papier dont on peut tirer plusieurs épreuves. En 1851, le collodion humide d’Archer utilise une plaque de verre, plus favorable à la finesse des détails. Le principe négatif-positif s’affirme, mais le collodion impose préparation et développement à proximité de l’appareil.

1871–1878

Les plaques sèches à la gélatine

Préparer les surfaces avant la prise de vue
Royaume-Uni · Richard Leach Maddox / Charles Harper Bennett

Maddox propose en 1871 une émulsion au bromure d’argent dans la gélatine. Les perfectionnements, notamment ceux de Bennett en 1878, améliorent sa sensibilité et favorisent les plaques sèches. Préparées à l’avance, elles se conservent avant usage et se développent après la prise de vue, sans laboratoire immédiatement sur place.

1885–1889

Le rouleau puis le film transparent

Enchaîner les vues sur un support souple
Eastman · États-Unis · George Eastman / William Walker

Eastman et Walker développent le support sensible en rouleau : le papier de 1885 permet plusieurs vues sans changer de plaque. En 1889, un film souple transparent à base de nitrate de cellulose lui succède. La succession des images et la transparence du support facilitent les usages photographiques et le développement du cinéma. Les formats 120 (1901) et 135 (1934) organiseront ensuite les usages du film en rouleau et en cartouche.

1907

L’Autochrome — La couleur sur une plaque

Une image positive en couleurs
Lumière · France · Auguste et Louis Lumière

La plaque Autochrome commercialisée par les frères Lumière associe une émulsion à une mosaïque de grains de fécule colorés qui filtrent la lumière. Après traitement, elle donne une image positive sur verre, observée par transparence ou projetée. Sa faible sensibilité exige beaucoup de lumière et limite les sujets en mouvement.

1935–1946

Les films couleur — Diapositive et négatif

Projeter la couleur ou la tirer sur papier
Kodak · États-Unis / Agfa · Allemagne

Kodachrome apparaît en 1935 pour le cinéma, puis en 1936 pour la photographie. Agfacolor Neu suit en 1936 avec des coupleurs incorporés aux couches sensibles. Kodacolor, en 1942, développe la voie du négatif pour tirages papier ; Ektachrome, en 1946, celle de l’inversible. Deux usages s’installent : l’album et la projection.

1948–1972

L’instantané — Une épreuve sur place

Réunir l’image et son traitement
Polaroid · États-Unis · Edwin Land

Le système Polaroid commercialisé en 1948 associe négatif, positif et réactifs : après développement, le photographe sépare les éléments pour découvrir l’épreuve. Avec le SX-70 de 1972, le film intégral se développe sans séparation. La photographie devient visible sur place, dans un ensemble qui réunit support sensible et traitement chimique. Impossible Project relance des films pour les anciens Polaroid à partir de 2010.

Années 1950–1980

Les émulsions noir et blanc se perfectionnent

Sensibilité, couches minces et grains tabulaires
ADOX · Allemagne / Kodak · États-Unis / Ilford · Royaume-Uni

Les couches minces d’ADOX, puis des films sensibles comme Tri-X et HP5, élargissent les possibilités du noir et blanc. Les T-MAX de Kodak, introduits en 1986, utilisent des grains tabulaires. Ces recherches améliorent le compromis entre sensibilité, grain et finesse ; l’exposition et le développement continuent de déterminer le rendu final.

2 · Comprendre la pratique

Le support désigne la matière sensible et son conditionnement ; le format d’image désigne la surface exposée par l’appareil. Un même film peut donc donner plusieurs tailles de négatif. Les exemples ci-dessous figurent dans les fiches ou les récits de la Saga.

120 est une désignation de film : elle ne signifie ni 120 mm de largeur ni 120 vues. Le même rouleau, large d’environ 61 mm, peut être utilisé dans des appareils 6 × 4,5, 6 × 6 ou 6 × 9. Le nombre de vues dépend de la taille d’image et du mécanisme d’avancement.

Les formats du moyen format sont nominaux. Les nombres en centimètres désignent une famille de dimensions arrondies. Les valeurs réellement exposées varient légèrement selon l’appareil et son dos. De même, 4 × 5 pouces décrit la feuille de plan-film ; le châssis masque une petite partie de ses bords.

La désignation du film ne décrit pas son émulsion : noir et blanc, négatif couleur et inversible peuvent partager un même conditionnement. Vérifier toujours le film, le châssis ou le dos requis par le modèle exact.

3 · Tableaux de repères

Supports et tailles d’image

Support / conditionnementTaille d’imageExemples de la SagaRepère pratique
Film 135 · largeur 35 mm24 × 36 mmLeica I, Nikon F, Canon AE-1Cartouche perforée ; le format de l’image dépend de l’appareil.
Film 13518 × 24 mmRicoh Auto Half, Olympus Pen F, Pentax 17Demi-format : environ deux vues à la place d’une vue 24 × 36.
Film 13524 × 65 mmHasselblad XPanLe même film peut aussi recevoir des vues 24 × 36 ; le panorama utilise une image plus longue.
Film 120 · rouleau avec papier protecteur6 × 4,5 cm (nominal)Mamiya M645Dimensions réelles voisines de 56 × 41,5 mm, selon l’appareil.
Film 1206 × 6 cm (nominal)Rolleiflex, Hasselblad 500C, Mamiya C3Dimensions réelles voisines de 56 × 56 mm.
Film 1206 × 9 cm (nominal)Zeiss Ikon Super Ikonta CDimensions réelles voisines de 56 × 84 mm, selon le modèle.
Film 110 · cartouche, film de 16 mm13 × 17 mmFujifilm QuickSnap original (1986), Agfamatic 1000 pocket sensorNe pas confondre avec la cartouche 126 de l’Instamatic 100.
Film miniature Minox · cassette8 × 11 mmMinox Riga, Minox B, Minox CLes Minox 35 EL et GT utilisent au contraire le film 135 en 24 × 36.
Plaque métallique ou plaque de verreVariable selon la chambre et le châssisChambres de la Genèse : daguerréotype, collodion humide, plaques sèchesLe support ne fixe pas une dimension unique. Une plaque daguerrienne et une plaque de verre sont des supports différents.
Plan-film · feuille souple individuelle4 × 5 pouces (support nominal : 101,6 × 127 mm)Graflex Speed Graphic 4×5, Linhof Technika équipée pour ce formatLa surface effectivement exposée est légèrement plus petite ; châssis et dos doivent correspondre au format.

Films historiques : quelques références

NomTypeISOFormatTraitement
Eastman · Film transparent (1889)NégatifVariableRouleauTraitement historique
Kodak · Kodachrome (1935–1936)Inversible couleurSelon versionSelon époqueProcédés Kodak dédiés
Kodak · Kodacolor (1942)Négatif couleurSelon versionSelon époqueSelon génération
Polaroid · Type 40 (1948)Instantané sépiaSelon versionRouleau pour Model 95Réactifs intégrés
Polaroid · SX‑70 (1972)Instantané couleurSelon générationCartouche SX‑70Réactifs intégrés
Kodak · T‑MAX (années 1980)Négatif N&B100 / 400 selon référence135, 120 ; autres selon versionN&B classique

Films actuels : une sélection pour la pratique

Repères d’octobre 2026. Douze références représentatives ; les formats et la disponibilité peuvent varier.

NomTypeISOFormatTraitement
Ilford · FP4 PlusNégatif N&B125135, 120, plans-filmsN&B classique
Ilford · HP5 PlusNégatif N&B400135, 120, plans-filmsN&B classique
Ilford · Delta 100Négatif N&B100135, 120, plans-filmsN&B classique
Ilford · XP2 SuperNégatif N&B400135, 120C‑41
Kodak · Tri‑X 400Négatif N&B400135, 120N&B classique
Foma · Fomapan 200 CreativeNégatif N&B200135, 120N&B classique
AgfaPhoto · APX 100Négatif N&B100135N&B classique
Kodak · Gold 200Négatif couleur200135, 120C‑41
Kodak · Ektacolor Pro 400Négatif couleur400135, 120 ; plans-filmsC‑41
Harman · Phoenix IINégatif couleur200135, 120C‑41
CineStill · 800TNégatif couleur, tungstène800135, 120C‑41
Fujifilm · instax miniInstantané couleur800Cassette instax miniRéactifs intégrés

Le XP2 Super produit un négatif noir et blanc mais se développe en C‑41. Pour tout film, suivre la notice et vérifier la compatibilité avec l’appareil.

4 · Sources